Prendre soin des autres, c’est dans mon tempérament—peut-être est-ce dans le tien aussi.

J’aime que les gens que j’aime soient bien, qu’ils soient heureux, sereins, qu’ils se sentent chouchoutés. Dans une relation saine, c’est un avantage. Tu peux parfaitement t’épanouir dans une relation domestique, aimante.

Dans une relation toxique, ce beau trait—cet amour, cette patience, cette envie de choyer les autres et de leur simplifier la vie—devient une arme que l’autre utilise contre toi.

De personne unique, j’étais devenue un objet en proie à l’emprise de la personne toxique. Pratique, parce que je m’occupais de tout et de tout le monde. Mais il ne fallait pas que j’existe, car un objet n’a pas d’autre droit que de remplir sa fonction. Mais il ne fallait pas que je faille, parce que sinon je devais subir les énervements et critiques déshumanisantes de la part de la personne toxique.

À m’efforcer de tout faire parfaitement, de m’oublier pour que les autres vivent bien, j’ai toléré de devenir peu à peu cet objet qu’on pouvait rabaisser, écraser, abuser. La personne toxique a appuyé sur tous mes boutons: ma mauvaise estime de moi, mon manque de confiance en moi, ma tendance à l’abnégation.

J’avais l’impression qu’un jour, après tous mes sacrifices, mon tour viendrait. Que moi aussi, je pourrais vivre bien, réaliser mes rêves. Que les autres finiraient par prendre le relai pour que moi aussi je puisse exister.

Un jour, ça m’a frappée de plein fouet, en lisant cette citation: « On a tous deux vies—la seconde commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ». J’étais en train de me sacrifier. Mon tour ne viendrait jamais. La situation ne s’améliorerait pas.

Il fallait que je me sauve moi-même, en changeant, en partant… en trouvant l’équilibre entre être moi-même et être exploitée sans merci comme une chose.

Je le sais aujourd’hui: une relation saine est une relation d’échange, d’égalité. Est-ce que ma mauvaise estime et mon manque de confiance en moi ont disparu? Non, évidemment pas, mais j’arrive à leur dire de me laisser tranquille. J’ai envoyé paître ma tendance à me sacrifier pour les autres, même si elle pointe parfois encore le bout de son vilain nez.

Dans une relation saine, on prend soin de l’autre, et l’autre prend soin de nous. Iel s’assure que nous sommes bien, que nous nous sentons aimée, appréciée, choyée, et que nous vivons une vie qui nous plait, et pas juste une vie de servitude.

Aujourd’hui, ma vie est centrée sur moi. Cela ne m’empêche pas de prendre soin des autres—au contraire. Cela me donne plus d’énergie pour le faire. Je le fais par envie, et non plus par un sens du devoir déséquilibré où je m’oublie pour les autres.

Ce n’est plus un droit, c’est un devoir envers moi-même. Je me dois de me lancer, de me centrer sur moi. J’ai une place à prendre dans l’Univers: celle qui est pile poil à la forme de mes aspirations, quelles qu’elles soient. Et je ne l’oublierai plus.